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© (Dessin Thierry Jollet) |
Le magazine emblématique créé en 1970, bien connu de nombreux français pour ses articles clairs et didactiques autour des droits des consommateurs, ayant apporté pendant des années, une information indépendante et essentielle pourrait cesser de paraître dans les prochaines semaines !
La loi de finances 2026 préparée par le gouvernement de Sébastien Lecornu prévoyait la liquidation de l’Institut national de la consommation (INC) et la mise en vente de sa parution papier, 60 millions de consommateurs. En cause… une situation financière trop lourde. Et bien c’est chose faite ! Confirmée dans le budget 2026 et adopté après l’activation de l’article 49.3, acté par le Sénat. Le décret publié au Journal officiel dimanche dernier, confirme la liquidation de l’INC qui édite 60 Millions de consommateurs depuis 1970.
Ainsi après pas loin de soixante ans d’indépendance éditoriale totale, le célèbre magazine, créé pour défendre les droits des consommateurs face aux pouvoirs politiques et économiques tire sa référence ! 60 millions de consommateurs est publié par un établissement public et sous prétexte de faire des économies, on liquide le lanceur d'alerte et son magazine. D’autant plus que Le motif budgétaire n'est pas démontré par rapport à tout ce qu’apporte au débat public et aux Français 60 millions de consommateurs. Il ne vend pas l'information, il la diffuse ! Celui-ci a une mission d'intérêt général, qui a été décidée il y a plusieurs décennies et qui est toujours pertinente aujourd'hui. Une ultime capitulation face aux lobbies agroalimentaires, au prix de notre santé publique !
En décembre dernier, près de 200 journalistes, d’élus, de personnalités politiques et de scientifiques avaient dénoncé la « mise à mort » de 60 millions de consommateurs. La disparition d’un outil public d’information et de défense des consommateurs, dans une tribune dans Le Monde. Détruire un contre-pouvoir, c’est fragiliser la démocratie. De fait le mensuel s’est érigé en contre-pouvoir important, révélant dans ses nombreuses enquêtes des cas de fraude ou de scandales. La liquidation de l’INC devrait coûter 8 millions d’euros selon le gouvernement, plutôt 11 millions, rectifie la CFDT. À noter qu’après avoir connu une longue période de déficit, l’INC était redevenu positif en 2025, avec un bénéfice de 236 000 euros et un chiffre d’affaires de 11,9 millions d’euros. Concrètement, il n’était donc plus déficitaire au moment où le décret de sa dissolution a été signé.
Depuis bientôt soixante ans, 60 Millions de consommateurs fonctionne sans publicité, sans partenariats commerciaux et donc, sans aucun conflit d’intérêts, ce qui garantit son indépendance vis-à-vis des fabricants et des distributeurs. C’est cette indépendance totale qui lui a permis de révéler de nombreux scandales d’une ampleur extrême. Finis les tests comparatifs et autres articles indépendants, finies aussi les émissions d’information Consomag et L’instant conso, réalisées en partenariat avec les associations de consommateurs et diffusées sur France Télévisions. A l’heure où la consommation a pris une place essentielle dans la vie des français, c’est un sacré paradoxe ! D’autant plus que l’exécutif prétend lutter contre la désinformation, tout en coupant les vivres à l’un des rares acteurs capables de tenir tête aux géants du commerce mondial.
Retour sur 5
enquêtes qui ont fait bouger les choses, grâce à 60 millions de consommateurs.
Ø En pleine crise du sida, des préservatifs défectueux : À la fin de l’année 1988, le mensuel qui s’appelle encore 50 Millions de consommateurs se penche sur 41 marques de préservatifs, en testant 50 échantillons de chacune. Parmi celles-ci, 23 présentaient une résistance insuffisante et une trop grande porosité. De quoi les rendre inefficaces pour protéger du VIH. Pourtant, plusieurs bénéficiaient de la certification NF. Cette révélation a entraîné le retrait du marché des modèles défectueux, mais aussi une amélioration de la norme NF et un contrôle plus rigoureux des fabricants.
Ø Des hausses de prix abusives dénoncées : De novembre 2007 à janvier 2008, les prix des yaourts, du lait UHT, des pâtes, des fromages, du beurre, des céréales, des biscottes, des pains de mie, du riz et du jambon se sont envolés de 5 % à 48 %. Des modifications tarifaires impossibles à justifier par la hausse des matières premières. Après les révélations du mensuel en mars 2008, le gouvernement de François Fillon s’était engagé à traquer les « abus » dans les prix en grandes surfaces.
Ø Des résidus toxiques détectés dans des produits d’hygiène : début 2016, 60 Millions de consommateurs disséquaient la composition de produits d’hygiène féminine. Le magazine a détecté des molécules indésirables dans onze références de tampons et de serviettes hygiéniques. Cinq de ces onze références étaient concernées par des résidus de substances potentiellement toxiques, notamment des traces de dioxines (polluants industriels), mais aussi du glyphosate ou encore des résidus d’insecticides. Quelques jours après ces révélations, la marque Organyc retirait 3 100 boîtes de protège-slips. Une semaine plus tard, la secrétaire d’État chargée de la consommation saisissait l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) et convoquait les professionnels du secteur. De nouvelles études ont été menées début 2017 sur des couches pour bébé. 60 Millions de consommateurs avait alors relevé la présence de résidus similaires (dioxines, glyphosate…). Là aussi, l’Anses avait été saisie.
Ø Révélation de frais bancaires illégaux : En septembre 2018, c’est le système bancaire qui passait sous la loupe de 60 Millions de consommateurs. Une enquête menée conjointement avec l’Union nationale des associations familiales (Unaf) leur a permis de révéler que la Banque populaire et la Caisse d’épargne usaient d’un système de facturation illégal à l’encontre des clients en difficulté financière. Quelques heures après ces révélations, le ministre de l’économie d’alors, Bruno Le Maire, les jugeait « préoccupantes » et méritant d’être « tirées au clair ». Saisies, les autorités du secteur financier conduisaient dès le lendemain des contrôles au siège des deux banques. Le soir même, celles-ci annonçaient rétropédaler et modifier leurs pratiques.
Ø Alerte sur les poupées pédopornographiques : Très récemment, le magazine s’est illustré en tirant la sonnette d’alarme à propos de la vente de poupées à caractère pédopornographique sur le site chinois Shein. Alerté par une lectrice le 30 octobre 2025, le mensuel en a dénoncé la vente auprès de la Répression des fraudes (DGCCRF) dans la soirée du même jour. Deux jours après que le magazine s’en est fait l’écho, le procureur de la République avait été saisi et les poupées ont été retirées de la plateforme. Depuis lors, la justice a ouvert de nombreuses procédures contre des acheteurs de ces articles.
" Une exécution
discrète, presque bureaucratique… Perdre l'INC, et son magasine 60
millions de consommateurs, c'est laisser le consommateur un peu plus démuni
face au marketing industriel. Tout le monde va en payer le prix. Sauf pour ceux
qui ont pour objectif de maximiser leur profit en réduisant la qualité des produits.
Ce n'est pas la première attaque, mais il semblerait que celle-ci soit la bonne ! "
Éric.L
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